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Plan B pour Biodiversité ?

Plan B pour Biodiversité ?
© L.Chikhi
Madagascar demeure l’un des derniers bastions de la biodiversité. Cependant, ce « hot-spot », véritable réservoir d’espèces souvent endémiques (c’est-à-dire ne vivant que dans cet endroit) est à son tour menacé. Figures emblématiques de l’île, les lémuriens représentent également le groupe de mammifères qui, au niveau mondial, est le plus en danger d’extinction. Sans surprise, l’activité humaine est encore une fois pointée du doigt. Cependant plusieurs chercheurs et biologistes de la conservation, dont ceux du laboratoire EDB, se sont rassemblés afin de proposer un plan conciliant intérêt économique et sauvegarde du patrimoine naturel.
Lemurs striking fact

Comme dans tant d’endroits dans le monde, besoins des hommes sur le court et le long terme s’opposent. Si l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) souhaite attirer l’attention sur Madagascar, c’est avant tout en raison de sa concentration en espèces uniques et des menaces pesant sur celles-ci. Au cours des quinze dernières années, le nombre d’espèces de lémuriens est passé d’environ 35 à plus de 100, soit une mosaïque d’espèces de bien plus grande envergure que ce que l’on ne l’imaginait… Revers de la médaille, plus de 90% d’entre elles sont menacées. D’autre part, les chercheurs impliqués ont, à l’initiative de l’UICN, également proposé un plan de sauvegarde réaliste.

Si les activités humaines se trouvent à l’origine des menaces, cela est dû à un ensemble de facteurs fonctionnant à plusieurs échelles : locale, avec la grande pauvreté des habitants de l’île et globale, avec les besoins en minerais ou en d’autres ressources convoitées par de nombreuses entreprises. Madagascar est en effet un des pays les plus pauvres au monde, avec 92% des habitants sous le seuil de pauvreté, vivant avec moins de 2$ / jour. En conséquence de quoi, on a pu observer une augmentation des cultures sur brûlis, des coupes illégales de bois exotiques ou de pratiques de chasse aux lémuriens. D’autre part, les besoins des industries minières, notamment pour les minerais utilisés dans des composants électroniques tels que des téléphones portables génèrent une destruction des habitats naturels de Madagascar. Pourchassés et confrontés à la fragmentation et à la destruction de leur habitat, les  lémuriens encourent sans aucun doute le risque d’extinction.

Un plan de sauvegarde de 7.6 millions de dollars

Malgré l’instabilité politique qui secoue le pays et facilite l’implantation de compagnies minières, malgré les crises qui poussent les habitants à utiliser les ressources naturelles environnantes sur le court-terme, Madagascar continue à soutenir le développement de zones protégées. Au cours d’une réunion organisée par l’UICN, 30 régions prioritaires particulièrement riches en espèces de lémuriens menacées ont été identifiées. Les chercheurs suggèrent plusieurs actions importantes pour la protection de ces zones : associer les communautés villageoises à la gestion de celles-ci, favoriser la présence continue de chercheurs et donc de programmes de recherche permettant de former des étudiants, d’échanger avec les populations locales et de les associer aux campagnes d’observation. Une sensibilisation rimant pour la cause avec des ressources issues de la recherche et revalorisées, au travers de guides mieux formés, par le développement de l’écotourisme.

En résumé : La sauvegarde des lémuriens à Madagascar doit passer par une activité de recherche sur le long terme dans les zones les plus menacées, le développement de l’éco-tourisme et l’implication des communautés locales dans ces actions. Une coopération avec les associations villageoises semble d’ailleurs constituer le point essentiel pouvant permettre de sauvegarder une majeure partie de ce patrimoine naturel. Un plan requérant 7,6 millions de dollars sur trois ans est prévu : un montant dérisoire comparé à des travaux d’infrastructures, ou au budget d’un film hollywoodien… mais une gageure lorsqu’il s’agit de sauver un patrimoine unique.

Voir aussi

Site de l’UICN >>>

SCIENCE - Volume 343, no. 6173 pp. 842-843 - February 2014

C. Schwitzer, R. A. Mittermeier, S. E. Johnson, G. Donati, M. Irwin, H. Peacock, J. Ratsimbazafy, J. Razafindramanana, E. E. Louis Jr., L. Chikhi, I. C. Colquhoun, J. Tinsman, R. Dolch, M. LaFleur, S. Nash, E. Patel, B. Randrianambinina, T. Rasolofoharivelo, P. C. Wright